Le vert

catherine auguste
par Catherine AUGUSTE
ancienne élève des Beaux-Arts de Paris
designe et décore des cabinets de curiosités


Plantes du Moyen-Age - Les Grandes Heures d'Anne de Bretagne

Vert : de la couleur des herbes et des feuilles des arbres, des plantes à chlorophylle. C’est la perception par l’œil humain de la longueur d’onde moyenne de 500nm renvoyé par les corps ; les autres longueurs d’onde du spectre visible étant absorbées par ces mêmes corps. Si nous arrivons à bien apprécier les différences de teintes dans les verts bleus nous avons davantage de difficulté à percevoir celles des verts jaunes. Dans la gamme des couleurs, les verts font parties de couleurs dites froides et des couleurs dites fuyantes c’est-à-dire qui paraissent s’éloigner. Dans la peinture le vert est celui des feuillages, de la verdure mais aussi certains peintres l’utilisent pour la réalisation de l’ombrage (fresque italienne de la Renaissance, ombres vertes de impressionnistes…)

 

1/ Les nuances de vert


Gozzoli - détail du cortège des Rois Mages (Florence XVème siècle)

 

 

 

 

 

 

 
Papier peint
musée de Rixheim (XVIIIème)

absinthe : variété d’armoise, plante aromatique avec laquelle on fabrique la liqueur absinthe ; c’est un vert jaune intense moins jaune et plus soutenu que le "vert anis"

amande : nuance douce et légèrement jaune

anis : plante odoriférante, couleur vert clair teinté de jaune

anglais : un vert sombre qui en peinture résulte du mélange d’un bleu de Prusse et d’un jaune de chrome

bouteille : du vert des bouteilles qui contiennent généralement le vin rouge ; vert foncé.

canard : rappelle le plumage des canards sauvages ; bleu moyen soutenu teinté de vert.

céladon : vert pâle à vert-gris des feuilles du saule ; vert pâle caractéristique des porcelaines d’Extrême-Orient.

Céladon est le nom d’un personnage de l’Astrée, roman pastoral d’Honoré d’Urfé (1607), berger dont le costume est agrémenté de rubans verts

chartreuse : couleur de la liqueur du même nom ; vert acide et clair.

émeraude : vert intense légèrement bleuté de la pierre précieuse du même nom

glauque : d’un vert bleuâtre comme la couleur de la mer

jade : de la couleur de la pierre ; vert doux et laiteux

kaki : en hindi signifie « couleur de poussière » c’est un vert qui tire sur le brun.

malachite : couleur de la pierre du même nom, vert soutenu appelé aussi vert montagne ; en chimie c’est un carbonate basique de cuivre

olive : couleur du fruit de l’olivier avant sa complète maturité

pers : couleur intermédiaire entre le vert et le bleu.

pistache : couleur vert clair de la graine du pistachier

pomme : celle de certaines variétés de pomme (Grany)

prasin : origine grec prasios qui signifie vert ; le vert prasin est un vert tendre un peu comme le vert du poireau

pré ou prairie : de l’herbe verte en été, vert clair et saturé

printemps : vert tendre et lumineux, vert émeraude clair

sapin : vert sombre et profond rappelant celle des aiguilles

sinople : terme héraldique pour désigner la couleur verte, généralement moyen ou sombre ; à l’origine terre de couleur rouge provenant de Sinope (Turquie)

tilleul : couleur des samares du tilleul d’un jaune-vert clair à pâle.

véronèse : vert amande jaunâtre que l’on trouve dans l’œuvre de Véronèse. En chimie, c’est un arséniate de cuivre

vert de gris : couleur du dépôt verdâtre qui se forme sur le cuivre : vert grisâtre

 

2/ Les pigments les plus courants


Céramique d'Iznik
(Turquie XVIIème)

 

 

 


malachite

 

 

Vert anglais : Un coprécipité de bleu de Prusse et de jaune de chrome. En 1816, Kurtz installe à Londres une première fabrique de pigments à base de chrome ; de là les premiers « verts anglais ». Toxique car contient du plomb.  

Vert de cadmium : Mélange d’oxyde de chrome hydraté et de jaune de cadmium. Il en existe plusieurs tons très stables, très vifs mais aussi très chers.

Vert de cobalt : Composé à l’origine d’oxyde de cobalt et d’oxyde de zinc. Son usage s’est développé dans la deuxième moitié du XIX° siècle. Il est aujourd’hui composé de cobalt et de titane avec des teintes variant du bleu-vert au vert-jaune. Opacité et pouvoir colorant plutôt faibles.

Vert de cuivre : Vert de Scheele dont la découverte est attribuée au chimiste suédois Scheele vers 1778. c’est un arséniate de cuivre, le premier à être apparu sur le marché, il fut considéré comme un équivalent du vert émeraude. Très vénéneux .
Vert de Schweinfurt mis au point vers 1812, également arséniate de cuivre, également très vénéneux, avait des qualités pigmentaires  qui lui ont valu de remplacer souvent le vert de Scheele.

Vert de chrome : C’est un oxyde de chrome anhydre chimiquement inerte, stable à la lumière et aux intempéries. Sa couleur est d’un vert jaune peu saturé. Synonyme : vert Casseli

Vert émeraude : Vert intense très légèrement bleuté comme la pierre. C’est un oxyde de chrome hydraté au pouvoir colorant et à l’opacité moyens.

Vert de gris : Dépôt verdâtre qui se développe sur le cuivre à l’air humide. Couleur d’un vert grisâtre. Le pigment était obtenu en faisant réagir du marc de raisin sur des plaques de cuivre. Il a été utilisé régulièrement jusqu’à la fin du XIX° siècle puis abandonné car très vénéneux. Synonyme : verdet, vert suédois (en Allemagne), verdetamo (en Italie) qui est cher et toxique.

Vert malachite ou vert montagne : C’est un carbonate basique de cuivre déjà utilisé sous l’antiquité égyptienne. Il dérive de la malachite. Ce pigment a été utilisé au Moyen Age pour les enluminures. Il a une bonne opacité. La chimie a mis au point un colorant basique également appelé vert malachite.

Vert Milori : Le nom provient du fabricant de couleur parisien Milori qui crée vers 1840 une série de verts issus du mélange de bleu de Prusse, de jaune de chrome et de sulfate de baryum (blanc). Les teintes varient du vert jaune au vert presque bleu. Ils deviennent rapidement jaunes quand ils sont exposés au soleil. Toxique car contient du plomb.

Terres vertes : L’utilisation des terres vertes comme pigment est attestée dès l’Antiquité romaine alors que les Grecs et les Grecs faisaient des superpositions de jaune et de bleu pour obtenir du vert. Ce sont des roches riches en argiles vertes (glauconies, céladonite ou chlorite). Les gisements sont rares. Aujourd’hui, elles proviennent essentiellement de Chypre.

Vert Véronèse : C’est un arséniate de cuivre. Vert amande jaunâtre profond caractéristique de la peinture de Véronèse

Vert de vessie : Extrait solide facilement diluable à l’eau d’une belle couleur vert feuille un peu jaunâtre ordinairement enfermé dans des vessies de porc et qui est obtenu à partir de baies de mûres du nerprun des teinturiers (arbrisseau épineux de 3 à 6 m).

Vert de phtalocyanine : Dérivé chloré de la phtalocyanine de cuivre de bleue. Pur, il est quasiment inutilisable. Il sert à former les imitations de vert émeraude, de vert Véronèse ainsi que la majorité des appellations de vert actuel.

Verdaccio : Mélange de terres jaunes et noires. Ce vert a servi de couleur de base pour l’ébauche des tons de chair à la Renaissance.

 

3/ Expressions autour du vert


 

un vert, l’électorat vert : un écologiste.

le billet vert : le dollar.

l'habit vert : le costume des académiciens.

les petits hommes verts : les extraterrestres.

un son vert : son au timbre aigu.

une verte réprimande : une vive réprimande.

avoir la main verte/les doigts verts : réussir la culture et l'entretien des plantes.

avoir le nombril vert : être trop jeune, immature.

"chou vert et vert chou" : (Belgique) La même chose sous deux formes ou appellations différentes (voir "bonnet blanc et blanc bonnet").

la ceinture verte : périphérie boisée d’un ville

donner le feu vert : donner l'autorisation.

envoyer quelqu'un au diable vert : s'en débarrasser en l'envoyant au loin.

être vert : être stupéfait par quelque chose de déplaisant: "J'suis vert!" (familier) ; être trompé, dupé.

être vert de jalousie / en être vert

être vert de peur : éprouver une peur bleue !

être vert de rage : se fâcher tout rouge !

se mettre au vert : aller se reposer à la campagne (familier), prendre des vacances.

prendre quelqu'un sans vert : le prendre au dépourvu.

en voir ou en dire des vertes et des pas mûres : des choses scandaleuses et choquantes.

un vieillard encore vert : un vieillard resté vigoureux.

une volée de bois vert : une volée de coups violents car le bois vert fait plus mal que le bois sec.

dicton : les yeux bleus vont aux cieux, les yeux gris au paradis, les yeux verts en enfer, les yeux noirs au purgatoire

un produit vert : produit qui respecte l’environnement

un numéro vert : un appel téléphonique gratuit

une station verte : commune rurale homologuée pour développer le tourisme

Verd et bleu : juron selon Rabelais

 

4/ Les valeurs symboliques du vert

 

Au Moyen Age, le vert était considéré comme une couleur maléfique car apparenté au Diable : on évitait ainsi de porter des vêtements verts par superstition. On constate, en réalité, que le vert est à la fois la couleur de la chance et de la malchance, de la fortune ou de l’infortune. On le trouve là où le hasard intervient : les tables de jeu de cartes (depuis le XVIII° siècle au moins), les tables de roulette, de billard, les terrains de sport s’habillent de vert.

Longtemps le vert des teintures et des peintures a présenté une forte instabilité pigmentaire que la chimie récente a su résoudre. C’est à la fois la couleur la plus présente à nos yeux et à la fois la matière colorante la plus absente. Les nuances sont difficiles à produire en peinture et pourtant on a une grande facilité à les désigner grâce aux références offertes dans la nature : vert olive, vert émeraude, vert sapin, vert sauge, vert pré, vert printemps….

Le vert, couleur ambivalente, évoque tour à tour :

- la couleur du destin, de la chance, de l’espérance, de l’argent : l’émeraude porte à la fois bonheur et malheur, le dollar appelé billet vert, les tapis de jeux de carte.

- la couleur de la nature, de la santé, de la fraîcheur par son lien avec la nature. De nombreuses expressions nous le rappellent : se mettre au vert, la ceinture verte, le mouvement politique vert, les stations vertes, les croix vertes des pharmacies en France, les poubelles et sacs à ordures sont souvent verts.

- la couleur de la jeunesse (rester vert, un vieillard encore vert, un fruit vert), de la sève qui monte (un bois vert est plus dur qu’un bois sec, être vert de colère), de la liberté et de la permission (donner son feu vert, passer au vert).

- et aussi la couleur du Diable, de l’étrange (les martiens désignés comme les petits hommes verts).

 

5/ Bibliographie et références internet

 

Voir nos livres sur les pigments

autres articles sur les couleurs à consulter sur le site du meuble peint :

Des rouges 
Le jaune

Des bleus
Le bleu de Lectoure

un site qui parle de la couleur :
http://www.pourpre.com/

et, naturellement, la boutique du site, extrêmement riche en pigments : www.droguerie-couleur.com 

 

 

   

 

 


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