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Bleu de Lectoure, une Interview de Denise et Henri Lambert
1/ Nous connaissons les désignations bleu de pastel ou de bleu de guède. Pourquoi le bleu de Lectoure ?Le « Bleu de Lectoure » est une sorte d’appellation contrôlée que nous a donné la presse. Notre société s’appelle d’ailleurs : la sarl Bleus de Pastel de Lectoure. Le bleu de Pastel et le bleu de guède sont des noms attribués par la localisation des cultures du Pastel - la guède ou la wouède est le nom de la plante (Isatis tinctoria) dans le Nord de la France tandis que le Pastel est celui de l’Occitan. Il faut savoir qu’il y a plusieurs nuances de bleu Pastel (bleu/gris clair ou même bleu gris noir) qui furent contrôlées par Colbert pour les Rois de France.
2/ La teinture était la destination première du bleu de pastel au cours de son âge d’or (XVIe siècle). Quelles furent les autres utilisations de ce pigment ou de cette plante ?Il y a eu d’autres applications des fonds de
cuve de teinture, car ces cuves étaient montées à l’urine humaine
(uniquement celle des hommes) et lorsqu’elles sont finies, elles
sont bleues. En beaux-arts, les teinturiers vendaient une
mousse séchée, (La Fleurée de Pastel – écume dessus des cuves de
teinture) aux artistes peintres qui n’avaient pas beaucoup de sous.
3/ Et aujourd’hui ?Aujourd’hui les possibilités sont nombreuses. Nous ne travaillons pas uniquement pour l’industrie textile, même si nous avons développé un système de teinture sur bobines de fils industrielles avec un teinturier à Castres, nous pouvons faire aussi bien de la peinture de carrosserie automobile, aéronautique, du plastic coloré avec des sociétés qui fabriquent du plastic biodégradable à base de maïs, du papier, des encres d’imprimerie, des produits de décorations, beaux-arts, cosmétiques et pour la médecine, etc. Nous avons des collaborations avec d’autres partenaires qui font les deux autres couleurs « grand teint », c'est-à-dire, la Garance (rouge) et le Réséda Lutuella (jaune) pour compléter une gamme diversifiée.
4/ Aujourd’hui, vous avez remis en pratique l’exploitation du pastel et la production de la matière colorante bleue. Utilisez-vous le même processus qu’au XVIe siècle pour extraire de la feuille le bleu de pastel ? Est-ce toujours aussi long ?
5/ La lecture du livre de Gilles Caster, Les routes de cocagne, le siècle d’or du pastel nous apprend que la qualité de la production, donc du rendement pigmentaire, était tributaire du climat. Malgré les techniques agronomiques d’aujourd’hui êtes-vous toujours tributaires du temps ?Il faut 15 jours minimum et consécutifs pour avoir un peu de pigment. Nous savons que c’est le soleil qui déclenche le processus de précipitation du pigment, donc plus de soleil, plus de récoltes et plus de bleus magnifiques. Ceci explique pourquoi le Sud-Ouest aura toujours de meilleurs bleus que nos amis du Nord, en sachant que le Pastel est un indigo européen qui poussait parfaitement aussi bien en Finlande qu’aux Açores et des Iles Britanniques jusqu’en Russie (donc dans toutes les régions).
6/ Nos internautes s’intéressent à la peinture sur bois et pour le décor. Qu’avez-vous à leur proposer dans cette gamme de produits ?
Sur notre site internet (www.bleu-de-lectoure.com) vous avez dans notre e-boutique toutes les explications de notre gamme de produits de décoration. Nos peintures pour bois sont entièrement naturelles, faites à base de carbonate de calcium ou blanc de titane, pigment pur, gommes arabiques ou huile de soja. Elles contiennent toutes les qualités de ce pigment qui sont aussi efficaces, si non mieux, qu’à l’époque.
7/ Quelles sont les qualités du bleu de pastel, celles que l’on mesure pour tout pigment en peinture ?Comme expliqué auparavant, les propriétés principales sont ses pouvoirs de répulsif d’insectes, de fongicide et de traitement du bois. (une substance incolore au niveau du pigment et non la couleur bleu), sa consistance épaisse qui permet de ne mettre qu’une seule couche, voir maximum deux (24 m² pour un pot de 3 kg de peinture), ensuite la couleur déclinée en trois bleus charrettes naturelles et qui s’intègre dans la nature sur toute architecture (acceptée par les bâtiments de France) et en final, pas de toxicité ni pour la peau, ni par inhalation donc parfaite pour l’intérieur et extérieur.
8/ Treize nuances de bleu de pastel étaient répertoriées
sous Colbert au XVIIe siècle. Cela existe-t-il encore ?
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