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Poltrona Di Proust, le fauteuil de proust d'alessandro mendini
Alessandro Mendini est designer, architecte, peintre et écrivain installé à Milan. Sa démarche vise à rompre avec le design industriel qui, selon lui, devient trop impersonnel à force d’être fonctionnel. Il prend comme base de travail du mobilier et des objets créés par d’autres afin de les transformer par ajout de couleurs, d’ornements ou en utilisant de nouveaux matériaux. Poltrona di Proust, clin d’oeil littéraire par sa référence à Proust et pictural en choisissant le divisionnisme du peintre Signac, s’inscrit dans sa théorie du re-design et du post-modernisme.
Genèse du fauteuil ProustL’histoire commence en 1976 lorsque Mendini a l’idée de dessiner un tissu « Proust » avec Francesco Binfaré pour Cassina. Il visite alors les lieux où vécut Proust pour s’imprégner du monde visuel de ce dernier, pour enrichir le projet tant d’un point de vue littéraire qu’artistique. De là il imagine un fauteuil que Proust aurait pu utiliser : une bergère de style Régence dont il accentue la générosité des formes, notamment le dossier et les accoudoirs. Pour la référence au temps artistique, Mendini puise dans la peinture contemporaine de Proust : la peinture divisionniste de Paul Signac qui procède par touches, par pointillés juxtaposés de couleurs pures. C’est donc l’œil de l’observateur qui fait le mélange des couleurs et non le peintre avec sa palette. Mendini choisit un détail de peinture de prairie pour couvrir la totalité du fauteuil, bois et tissu. Le fauteuil prend une forme nébuleuse.
Le premier Poltrona di Proust sort en 1978. Il est décoré à la main d’une peinture acrylique sur toile blanche et bois nu. Dès 1979 le fauteuil est introduit dans le catalogue d’Alchimia. Alchimia a produit peut-être quinze à trente fauteuils, l’idée étant non pas de les numéroter mais de marquer la date. Les exemplaires vendus se trouvent dans des musées (Belgique, Pays-Bas, Allemagne, etc.), dans certaines galeries (Turin, Paris, Milan, New-York) et chez quelques collectionneurs. Ces exemplaires sont donc des pièces uniques du fait des variations de couleurs et même de matériaux. Il existe en effet des Poltrona di Proust en céramique, en laqué faux bronze et même en bronze ! En 1989, Mendini reprend la fabrication de son fauteuil dans son atelier suite à la constatation que certains exemplaires produits par Alchimia souffraient de transformations excessives du motif (coups de pinceaux et couleurs). Depuis Mendini supervise la fabrication de chacun d’entre eux et les authentifie par un certificat. Ainsi tout exemplaire fabriqué après 1988 qui ne sortirait pas de l’atelier Mendini est considéré comme faux. Certains fauteuils ont été faits sur commande comme celui de Bob Wilson pour l’une de ses pièces de théâtre, aujourd’hui propriété de Bob Wilson. D’autres fauteuils Proust sont distribués par Cappellini dans une version toile imprimée ou par Vitra pour les versions céramique, mais là il ne s’agit pas de pièces uniques.
Démarche décorative et critiqueLe contexte AlchimiaDans l’Italie des années 1970, Alchimia, un groupe de designers d’avant-garde dont Mendini fait partie, développe une critique de la société de consommation et devient un lieu d’expérimentation entre artisanat et industrie. Alchimia ouvre sa propre galerie pour présenter ses productions en petites quantités dont le propos consiste à présenter un design antirationnel, qui revisite avec humour et dérision les classiques. On fait volontiers appel aux références historiques et aux motifs décoratifs. L’art peut être banalisé, ainsi la touche pointilliste de Paul Signac sur un fauteuil Régence. Les membres du groupe ne s’inscrivent pas forcément dans la nouveauté, le travail passe souvent par le « recyclage » des formes et des décors. Le projet devient Re-Design.
Le fauteuil de Proust et le re-designConvaincu que le modernisme s’achève, qu’il n’y a plus de forme innovante à inventer, Mendini, membre d’Alchimia, re-designe des classiques reconnaissables. Poltrona di Proust s’inscrit parfaitement dans cette intention : il s’agit d’un fauteuil maquillé, un objet élaboré sur des bases culturelles, la forme inspirée des fauteuils Régence, mais faux. Faux pour deux raisons : les formes Régence sont exagérées et le fauteuil est entièrement décoré d’un motif peint à la main qui n’a rien à voir avec le XVIIIe siècle. Le re-design de Mendini produit ici une pièce kitsch qui dépasse le simple emprunt. D’autre part Mendini cherche à démontrer que la teneur du design peut provenir d’un décor appliqué. Noyant la forme sous une juxtaposition de coups de pinceaux, il élabore un objet qui semble être irréel. Mais s’agit-il encore d’un fauteuil pour s’asseoir ? Est-ce encore un fauteuil ?Mendini s’inscrit dans une démarche critique du design en revisitant des formes anciennes. De même il rompt avec le modernisme en usant de proposition décorative : les coups de pinceaux couvrent la totalité du fauteuil, la couleur ainsi appliquée ravive les objets. La critique de Mendini contre le design reste joyeuse, colorée ; il propose l’embellissement d’objets classiques ou du quotidien. Comme le fauteuil Proust qui est un emprunt du style Régence, Mendini recrée la chaise Wassily de Marcel Breuer ou la chaise Universale de Joe Colombo, objets de design cette fois-ci contemporain. Mais une série de questions se pose :
Est-ce encore un fauteuil ? Le fauteuil Proust supporte de nombreuses
variations de coloris et de matériaux depuis sa création (ou sa
re-création). Certains exemplaires ont été fabriqués en céramique et
même en bronze ! Le fauteuil prend alors des allures d’objet culte
tel un trône royal. D’ailleurs est-il encore un fauteuil dans le
sens de la fonctionnalité, peut-il être utilisé en tant que siège ?
N’est-il pas devenu tout simplement une silhouette propice à tous
les effets : silhouette à peinture, à céramique… Et la peinture est-elle encore un art majeur ? Le motif pointilliste de Signac envahit la structure et le tissu sans distinction. Le détail de la prairie de Signac emprunté par Mendini joue le rôle d’une simple ornementation. La peinture, pourtant considéré comme un art majeur se trouve contrainte au service des arts appliqués, à savoir le mobilier. Rupture, refus, ironie sont les marques du fauteuil Proust. Dans ce contexte il n’est pas surprenant qu’il devint célèbre allant jusqu’à être figé de bronze telle une sculpture monumentale. BiographieNé à Milan en 1931. En 1959, il termine son doctorat d’architecture à l’École polytechnique de Milan. Il devient partisan d’un design dégagé de toute pression industrielle et soutient sa théorie post-moderne dans les revues qu’il dirigera : Casabella (1970-1976), Modo (1977-1981) et Domus (1979-1985). En 1973, il est co-fondateur de la contre-école de design Global Tools qui critique le design italien ; il est précurseur du groupe Alchimia. Fin des années 70, Mendini collabore avec le Studio Alchimia et devient célèbre pour ses concepts de Re-Design dont l’objectif est de détourner les grands classiques du design par l’utilisation d’ornements et de couleurs vives ; il démontre ainsi l’impersonnalité des produits fabriqués en série. Poltrona di Proust (1978) est l’illustration de ce courant. Il est directeur artistique des montres Swatch. En 1979, il remporte la plus haute distinction du Compas d’Or. Depuis les années 80, il est conseiller auprès de la firme Alessi. En 1989, il ouvre avec son frère Francesco l’Atelier Mendini où une vingtaine d’architectes, graphistes-designers et designers industriels travaillent. Il s’intéresse aux objets, mobilier, conception d’intérieur et d’architecture. Parmi ses références : la nouvelle piscine olympique de Trieste, le musée Groninger aux Pays-Bas, la Résidence d’Alessi, une tour commémorative à Hiroshima, des stations du métro de Naples, l’immeuble du groupe de presse Madsack à Hanovre, etc. Le questionnaire de Marcel Proust
Lienle site d'Alessandro Mendini : http://www.ateliermendini.it/ voir sur le site de Cappellini (www.cappellini.it) qui édite le fauteuil de Proust, un document en PDF sur ses caractéristiques
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