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Des grottesques aux grotesques
" Les grotesques sont
une catégorie de peinture libre et cocasse inventée dans l'Antiquité pour
orner des surfaces murales où seules des formes en suspension dans l'air
pouvaient trouver place. Les artistes y représentaient des difformités
monstrueuses créées du caprice de la nature ou de la fantaisie
extravagante d'artiste : ils inventaient ces formes en dehors de toute
règle, suspendaient à un fil très fin un poids qu'il ne pouvait
supporter, transformaient les pattes d'un cheval en feuillage, les jambes
d'un homme en pattes de grue et peignaient ainsi une foule d'espiègleries
et d'extravagances. Celui qui avait l'imagination la plus folle passait pour
le plus doué "
A/ Des grottes aux grottesquesVasari nous propose ici une
définition des grottesques directement inspirée du texte de Vitruve (De
Architectura) écrit seize siècles plus tôt. Car en effet, les grottesques
sont une tradition artistique remontant à l'Antiquité romaine. L'Italie
sera le point de départ de cette "renaissance" avec la
découverte de décors antiques dans les sous-sols de la Domus Aurea, palais
somptueux de l'empereur Néron à Rome.
B/ Un
contexte favorable à cette " renaissance "
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Le retour à Rome au XVe siècle des papes exilés en Avignon. Ils se trouvent confrontés à une ville ruinée, démunie de tout prestige artistique et indigne de la première ville chrétienne. Davantage intéressée par l'art et l'archéologie que par les questions religieuses (nombre de papes et de cardinaux qui se sont succédés venaient de grandes familles où l'esprit humaniste régnait), la cour pontificale commandite les artistes les plus illustres : Le Pérugin, Ghirlandaio, Signorelli, Botticelli, peu après Giovanni da Udine et Raphaël. Tous travaillent déjà dans les cours de Milan, Padoue, Florence, Pise ou Ferrare, véritables centres créatifs et humanistes. L'omniprésence des vestiges antiques à Rome plus que partout ailleurs imprégne profondément la sensibilité et entraîne sans doute l'émergence d'une unité ornementale. Déjà le sculpteur Donatello ou le peintre génial Mantegna étaient dotés d'une véritable formation d'archéologue. C'était dans l'air du temps. On a d'ailleurs trouvé des graffiti-signatures sur les murs de la Domus Aurea de Ghirlandaio, de Fillipino Lippi, de Pinturicchio… montrant ainsi leur intérêt pour ce style ornemental qu'ils ont copié, interprété et largement diffusé.
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Le développement de l'estampe et de la gravure aide la propagation rapide des motifs à grottesque copiés ou réinventés. Au tout début du XVIe siècle la documentation est déjà abondante. On l'utilise pour le report des motifs dans la peinture murale, la tapisserie, l'orfèvrerie… La plupart des graveurs italiens ont fréquenté l'illustre Mantegna ou subit l'influence de Dürer. En France, à la moitié du XVIe siècle, Jacques Androuet du Cerceau émerge de l'anonymat grâce à François Ier laissant des recueils de planches d'inspiration italienne et flamande.
L'Europe du XVe siècle, en " crise existentielle ", penche tantôt vers des idées d'humanisme tantôt vers un mysticisme exacerbé ; la quête d'une modernité pointait. Dans cette période si contradictoire, les artistes répondent à de nouveaux commanditaires enrichis par l'expansion commerciale et désireux de luxe. Les grottesques dénués d'allusion religieuse et porteur d'une totale nouveauté répondent à cette volonté de modernité et de nouvelle aventure. C/ Evolution stylistique, la grottesque perd un " t "Des grottes de la Domus Aurea, on adopte le terme affectif de " grottesque " pour qualifier un genre ornemental tout entier redécouvert. Au cours du XVIe siècle le glissement stylistique des décors transforme l'orthographe en grotesque le chargeant ainsi du sens de comique, ridicule voire insupportable. La force du grotesque est de pouvoir englober toutes les formes imaginatives de l'ornement passant ainsi des fantaisies d'un Pinturicchio aux charmes légers d'un Raphaël ou à la folie des structures molles d'un Cornelis Floris d'Anvers. Les influences Nord-Sud sont incessantes par le biais des gravures et du voyage des artistes conduisant ainsi à une constante surenchère créative. Les ressources sont donc multiples :
Mais deux lois fondamentales, clairement définies par André Chastel, nous permettent de toujours les reconnaître :
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Parmi les décors peints :
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Luca Signorelli (1445-1523), héritier de Piero della Francesca, chapelle Saint-Brice à la cathédrale d'Orvieto en 1499-1504
Luca Signorelli, |
Filippino Lippi (1457-1504), chapelle Carafa de l'Eglise de la Minerve de
Rome en 1486-1493 pour les candélabres des pilastres de soubassement,
chapelle Strozzi à Santa Maria Novella de Florence
Bernardino Pinturichio (1454-1513), appartements Borgia au Vatican à Rome,
bibliothèque Piccolomini à la cathédrale de Sienne, l'un des premiers à
pratiquer le décor à grottesque
Raphaël (1483-1520), élève du Pérugin, architecte en chef et surintend
ant des édifices à la cour pontificale, Villa Madame, Loges du Vatican à
Rome ; un des représentants de la grottesque de style " néronien
"
Giovanni da Udine (1487-1561), collaborateur de Raphaël pour les Loges du
Vatican à Rome et de Jules Romain à Mantoue
Le Primatice (1504-1570), installé en France, élève de Jules Romain,
dirige le chantier du château de Fontainebleau après la mort du Rosso
Parmi les planches et
recueils :
Nicoletto da Modena et Giovantonio da Brescia, nombreuses planches de
grottesques vers 1500-1515 qui permettront la diffusion par la gravure
Veneziano (Agostino Musi) un des graveurs les plus actifs du début XVIe
siècle, influencé par Dürer, il publie des gravures à grottesques
proches de celles de Giovanni da Udine dans les Loges vaticanes
Jacques Androuet du Cerceau (1510-après 1584), graveur français qui a une
grande influence par ses publications gravées : le recueil des Grandes
Grotesques en 1562 présente des planches décoratives pleines de fantaisies
et baroquisantes
La Grottesque, André
CHASTEL, Edition Le Promeneur, Paris, 1988
Les Grotesques, les figures de l'imaginaire dans la peinture italienne de la
fin de la Renaissance, Philippe MOREL, Edition Flammarion, Collection Idées
et Recherches, Paris, 1997
Grotesques, Edition l'Aventurine, Paris, 1996
Grottesques in L'art décoratif en Europe, Renaissance et Maniérisme
1480-1630, Alain GRUBER, Edition Citadelles & Mazenod, Paris, 1993
L'art Italien, André CHASTEL, Edition Flammarion, Collection Tout l'Art,
Paris, 1995 Roma
Domus Aurea, les fresques du palais néronien à travers un album gouaché
du Louvre, Franco Maria Ricci, Edition FMR, 1998
(toutes les illustrations de cette page proviennent de ces livres)
livres sur les grotesques en vente sur le site
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