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La chaise rouge et bleue de gerrit rietveld
La scène internationale et le mouvement De StijlLes mouvements d’avant-gardeDès les années 1910, des mouvements d’avant-gardes européens s’engagent dans une recherche nouvelle des formes et des fonctions. Comment vit-on l’espace ? Objets industriels et objets esthétiques sont-ils si opposés ? Pour ces avant-gardistes, l’art est dans la vie. Il faut puiser dans les objets de la vie quotidienne qui sont des sources d’émotion, renouveler radicalement leurs formes du fait d’un nouveau rapport du corps à son environnement. Les champs d’application sont vastes : peinture, poésie, mobilier, architecture, arts appliqués, ceci montrant l’étendue d’un nouvel idéal. On voit ainsi apparaître presque simultanément des réflexions de fond sur le design, sur la représentation et la fonction de l’objet dans des mouvements aussi différents que les peintres cubistes en France qui proposent un « nouvel alphabet » du réel, les constructivistes russes qui forment des artistes-constructeurs pour l’industrie, le mouvement dada qui crée de l’anti-art ou les plasticiens du groupe hollandais De Stijl d’où la chaise rouge et bleue de Gerrit Rietveld émergea.
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La chaise est construite à partir de 13 morceaux de bois équarris |
L’assemblage du piétement par chevilles de bois invisibles de l'extérieur |
Dans sa variante la plus répandue, la chaise
rouge et bleue a une hauteur de 88 cm.
Elle est réalisée à partir de 13 morceaux de bois équarri de même
section, deux accoudoirs, un dossier et une assise. Touts les
morceaux étaient achetés dans des mesures standard puis coupés à la
machine.
Le procédé de fabrication se veut rationnel et
simple : des barreaux posés les uns sur les autres ou juxtaposés
symétriquement puis fixés par des chevilles de bois. L’assemblage
par boulon est destiné aux seules planches du dossier et de l’assise
soumises à de fortes charges.
Rietveld démontre ainsi que la construction détermine la forme
externe, la fonction, autrement dit la technique et l’esthétique
sont au même plan.
Contrairement à une opinion répandue, cette chaise est un pur produit artisanal et n’a jamais été conçue selon une grille modulaire. Les multiples transformations de Rietveld pendant les sept années qui séparent les premiers essais de la version colorée finale nous montrent que la chaise a davantage existé en tant que concept que d’objet.
Rietveld songeait à une production industrielle
de la chaise qui ne vit pas le jour. Elle resta une succession de
pièces uniques.
1/ Une réalité réduite à une représentation
purement géométrique de lignes et de surfaces.
Comme Mondrian, Rietveld propose un langage rigoureux, proche de
formules mathématiques où surfaces et lignes constituent les données
fixes et le mode d’entrelacement la variable de la formule.
Dans la chaise rouge et bleue, toutes les parties sont nettement
enchevêtrées, les barreaux du piétement dépassent au-delà de leur
utilité proposant un espace nullement limité. Il en est de même des
lignes noires de la peinture de Mondrian qui semblent se prolonger
au-delà du cadre, jouant ainsi sur le contraste ouverture-fermeture
de l’espace.
2/ La couleur enrobe la chaise en accord avec
la construction.
Conçue initialement en bois naturel, la chaise prend sa forme
définitive colorée en 1924 sous l’impulsion d’un compagnon
d’atelier. Rietveld utilise la palette des primaires de Mondrian,
inscrivant sa chaise plus parfaitement dans le langage de
l’entrelacement et des projections dans l’espace propres à De
Stijl :
- le noir pour les barreaux comme Mondrian avec ses lignes noires de
délimitation.
- les couleurs primaires rouge massif et bleu lourd pour les
surfaces principales du dossier et de l’assise ; le jaune soulignant
les extrémités des barreaux et mettant ainsi en valeur toutes les
surfaces.
La chaise devenue rouge et bleue se présente alors comme une transposition en trois dimensions de la peinture de Mondrian.
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La chaise devenue rouge et bleue se présente alors comme une transposition en trois dimensions de la peinture de Mondrian. |
1/ Une belle chaise : géométrie anguleuse et
pure ?
Rietveld utilise une grammaire séduisante des lignes :
- un empilement de verticalité et d’horizontalité pour les barreaux,
soit une géométrie facile à comprendre,
- au sein duquel le dossier et l’assise semblent en équilibre
précaire, c’est-à-dire la création d’un monde légèrement décalé.
Et nous restons étonné par le « Comment tout cela peut-il tenir ? ».
D’autre part, la peinture permet de contredire
efficacement l’effet compact de la chaise tout en rappelant bien la
fonction : le dossier et l’assise sont parfaitement visibles tandis
que le noir « dissimule » les barreaux.
Géométrie et couleur sont en parfaite adéquation : une chaise bien
pensée.
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2/ Y-a-t-il une
idée de confort ? Ces particularités ergonomiques, premières bases du confort, sont-elles suffisantes à l’appréciation du confort par les corps ? |
L’histoire du siège est révélatrice de la
recherche de confort pour le corps : on s’est d’abord isolé du sol
par le siège, puis on a ajouté couvertures, coussins ou rembourrages
de diverses mousses. On a exploré divers matériaux qui pouvaient
épouser le dos et le maintenir.
Le dossier et l’assise de la chaise rouge et bleue se résument à
deux plans de bois parfaitement droits : aucun moulage, aucune
incurvation. Le dos reste en tension.
Les propos de Rietveld concordent avec cette idée de tension et nous révèlent son souci de garder la « conscience en éveil » : on ne s’effondre pas, on ne s’endort sur une chaise. Le mental et le physique doivent rester toniques. Dans cette optique, la chaise rouge et bleue répond parfaitement à la définition qu’il nous fait de l’état de veille de la conscience : des caractéristiques ergonomiques idéales (on pourrait être assis sur un fauteuil) mais des matériaux durs et sans forme moulante (on est dans la tension d’une chaise).
3/ Plus qu’un meuble, n’est-ce pas une vision
purement plastique ?
Comme nous l’avons vu, la chaise rouge et bleue a eu une longue
histoire depuis le premier modèle conçu en bois naturel et ses
variantes aujourd’hui présentes dans le commerce. Elle n’a jamais
été produite industriellement. Cela laisse penser que plus qu’un
meuble destiné au marché des consommateurs, elle fut un champ
exploratoire autour des idées : de confort, du faire soi-même grâce
à un montage à priori facile, d’expressions esthétiques à partir de
formes élémentaires. La chaise rouge et bleue ne fut-elle pas
l’utopie d’une création parfaite et totale.

Gerrit Rietveld et ses employés
devant son atelier dans la Adriaan van Ostadelaan à Utrecht
Vue prise en 1918. Rietveld est assis sur le prototype de la chaise
avant qu'elle ne soit peinte
1888, naissance de Gerrit Thomas Rietveld à Utrecht. Il quitte très tôt l’école pour travailler dans l’atelier d’ébénisterie de son père à Utrecht.
Au début des années 1910, il suit des cours du
soir d’architecture et design de Klaarhamer. Il y construit des
meubles selon les méthodes de construction de Klaarhamer :
entrelacement des surfaces, construction stable et simplicité des
matériaux.
Rietveld s’unit rapidement au groupe hollandais De Stijl.
1917, il met au point son premier spécimen de chaise avant qu’elle ne soit peinte. Rietveld procéda à de nombreuses modifications si bien que les exemplaires sortis de son atelier divergent par son matériau ou ses dimensions mais tous sont « frères ».
1923, la chaise rouge et bleue prend sa forme définitive ainsi que ses couleurs sous l’impulsion du peintre Bart Van Der Leck qui travaille dans le même atelier.
1924, commande et construction d’une maison à Utrecht pour Madame Schröder. Cette maison sera appelée maison Rietveld-Schröder du fait de l’étroite collaboration entre l’architecte et la cliente.
Années 1920, Rietveld crée plusieurs meubles selon le principe de l’entrelacement des surfaces : la chaise haute, la chaise militaire, la chaise de Berlin, la table basse, le buffet…
1934, création de la chaise Zig-Zag.
Années 1950, plusieurs projets d’architecture : la Stoop House (1951), le pavillon d’architecture de Soonbeek (1954) et l’usine textile Ploeg (1956).
1964, Gerrit Thomas Rietveld meurt à Utrecht.
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