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Draperies et plis : l’étoffe en trompe-l’oeil
par Catherine Auguste
A l’occasion des deux expositions simultanées du musée du Papier Peint de Rixheim, Bordures et frises du XVIIIe et du XIXe siècles et Papiers peints de la première moitié du XIXe siècle, le site du Meuble Peint s’est attaché à présenter l’un des motifs dominants d’illusion de papier : l’étoffe, ses draperies et ses plis dont un grand nombre d’échantillons sont exposés au musée de Rixheim. Illusions de papierDès le début de son histoire le papier peint joue l’illusion : marbre, cuir, architecture…tout a été copié. Cependant le motif dominant d’illusion reste le textile, sans doute parce que celui-ci joue un rôle majeur dans le décor de la maison bourgeoise. Tendu ou en simple drapé, il se déroule sur les murs. Il apporte confort, intimité et permet également d’afficher le statut social quand il est somptueux ou abondant. C’est ainsi que le papier peint s’efforce d’imiter les textiles les plus somptueux tout d’abord. La tradition la plus ancienne remonte aux papiers anglais du XVIIIe siècle imitant les riches velours damassés qui sont posés tant dans les maisons bourgeoises que dans les demeures aristocratiques. De-là, ils pénètrent en France par le manufacturier Réveillon avec un grand succès offrant à la bourgeoisie un décor emprunté à l’aristocratie pour un investissement moindre.
Mais le papier ne s’arrête pas au velours et de
nombreuses étoffes sont imitées : indiennes, damas, soieries, toile
imprimée, dentelles, tapisserie. Les échantillons conservés de la
manufacture Réveillon et de ses successeurs Jacquemart & Bénard en
sont révélateurs où même certaines imitations d’indiennes nous
laisse croire qu’une collaboration étroite eut lieu avec la
manufacture de textile d’Oberkampf à Jouy.
Les draperies à la modeDès la fin du XVIIIe siècle et jusque dans les années 1830, les draperies sont particulièrement à la mode et se développent sous des formes très variées jusqu’à la fin du siècle. Murs et fenêtres sont habillés de textile en surabondance. Bernard Jacqué parle dans son livre (Papier peint, décor d’illusion) de « Niagara de textile ». Le papier peint affiche alors toutes les influences néo-classiques des gravures reproduisant des bas-reliefs antiques et des décors intérieurs de Percier et Fontaine. Les commandes impériales de soieries lyonnaises (Lyon était un grand centre de création de motifs textiles) des années 1810 servent aussi d’inspiration au papier peint pendant plus de deux décennies.
à gauche : modèles de draperies de
la manufacture Dufour Les murs se couvrent de panneaux en trompe-l’œil où la soie, le velours ou le satin plutôt que d’être tendus, se plissent, se drapent à la verticale ou bien sont retenus par des passementeries et des embrasses dans des compositions plus ou moins complexes. Les premiers drapés comme ceux de Dufour du début du XIXe siècle sont encore raides et gardent souvent la marque du fer. On y retrouve l’influence de Percier et Fontaine. Puis dès les années 1820, le réalisme est poussé à l’extrême tout d’abord grâce aux innovations techniques, déjà citées, capables de donner des brillances et des satinés, d’où l’essor des imitations de soieries, mais aussi grâce aux jeux d’ombre multiples dans les plis représentés. Les plis s’épaississent, la matière gonfle et les formes semblent oublier la raideur néo-classique. L’étoffe en trompe-l’œil semble vibrer sous l’effet de la lumière. Même chose pour les frises et les bordures où les plis du velours, les plumes et les fleurs sont combinés.
Des soieries, le relais est pris par la représentation des dentelles et des tulles brodés dont la finesse et la précision du modelé sont dues au procédé de la taille douce. Puis dans les années 1840 apparaissent les tentures capitonnées de papier, précédées par les meubles à capitons qui remportaient un vif succès, et par quelques rares exemples de tissus muraux plissés par des clous disposés en losange. Ces tentures de papier agrémentées de boutons et parfois d’un flot de rubans sont capables de transformer la pièce en un confort cotonneux.
Tapis et tapisseriesLes motifs de tapis puis des tapisseries vont tenir une place importante dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Les tapis de papier sont proposés à plat mais aussi drapés dans des compositions de plis dignes des ateliers d’artistes, une des références en matière décorative de cette fin de siècle. Quant au motif des tapisseries, on n’hésite pas à l’accorder au mobilier à la mode que sont les salles à manger Henri II. On trouve ainsi panneaux, en continu, évoquant des verdures habitées de personnages. Mais aussi des tableaux de Dame à Licorne ou des Grandes chasses de Maximilien. Toute l’influence de William Morris transparaît. Mais l’illusion reste totale car non seulement on retrouve le dessin du tissage mais aussi sa matière grâce au gaufrage du papier, technique introduite en France dans les années 1840. Les effets de trompe-l’œil perdurent tout au long de l’histoire du papier peint mais c’est sans doute au XIXe siècle qu’il s’exprime avec le plus d’emphase. On peut l’expliquer d’une part par la montée d’une société bourgeoise en quête de confort et soucieuse de décors à paraître, d’autre part par une multitude d’innovations techniques permettant de reproduire les illusions les plus fascinantes sur papier. Le textile a une place d’honneur dans le trompe-l’œil de papier mais n’oublions pas la maîtrise accordée à d’autres matériaux ou décors : cuir repoussé ou doré, lambris de boiserie, faux marbre, passementeries, pilastres, dessus de porte et tous les sculptures et bas-reliefs des décors d’architecture.
Un livre à lire et à commander directement
Le papier peint, décor d’illusion,
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