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La chinoiserie
La chinoiserie est une pure émanation occidentale qui s’inspire accessoirement des produits importés d’Extrême Orient depuis la fin du Moyen Age. Ce style ornemental accorde davantage d’importance à la fantaisie qu’à l’imitation des modèles existants à tel point qu’il n’est pas rare de trouver mélangés des motifs empruntés aux civilisations turques, indiennes ou chinoises accompagnés de quelques singes sans provoquer la moindre hilarité. D’ailleurs, l’occidental du XVIIe siècle ne fait pas de distinction réelle entre les différents pays d’Extrême Orient, désignés sous le terme générique " les Indes ".
1/ des circonstances favorablesDès l’Antiquité, le goût pour les pays lointains pouvait se satisfaire aisément en direction de l’Orient par voie de terre, la traversée des océans par l’ouest n’étant pas encore maîtrisée. Rapidement la soie fut au centre d’un commerce actif. Au XIIIe siècle, le Vénitien Marco Polo, passé au service de l’empereur mongol Kubilay Khan, rapporte dans son " Livre des merveilles du monde " des récits passionnés de ce lointain royaume. Ce livre, maintes fois recopié, entretient un véritable mythe de l’Orient. Sans aucun doute nombre d’aventuriers, en quête de richesse, contribuent au développement de relations commerciales avec l’Orient autour de produits comme la soie ou les épices et, de fait, de la chinoiserie. 2/ l’implantation européenne en Extrême OrientQuelques faits marquants favorisent l’implantation européenne :
Le Portugal joue alors un rôle important dans l’histoire de la chinoiserie grâce au travail des jésuites installés sur les côtes des Indes. En établissant des liens culturels, artistiques et scientifiques avec la haute société indienne, chinoise ou japonaise, ils facilitent la tâche des marchands. C’est à la fin XVIe-début XVIIe siècle que des comptoirs commerciaux se mettent en place :
Ces comptoirs sont de véritables lieux d’achat d’objets de tous genres auprès de marchands indigènes. Mais les prix à la vente de ces produits importés en Europe restent chers. C’est ainsi qu’on cherche rapidement à les contrefaire pour satisfaire la demande grandissante. 3/ l’essor de la chinoiserieAu XVIIe siècle, peu de livres peuvent aider les artistes dans leur travail décoratif car la plupart sont de simples récits de voyage non illustrés. Deux ouvrages ont alors un grand succès qui dépasse les frontières : celui du Hollandais Jan Nieuhoff (1665) et l’autre de l’Allemand Athanasius Kircher (1667). Ils ont la particularité de présenter de nombreuses estampes sur l’architecture chinoise, découvertes lors de leur voyage, parfois plus proches d’une chinoiserie de fantaisie. Abondamment traduits et diffusés, ils sont une source d’inspiration inestimable pour les ornemanistes inventifs. De là, de nombreux recueils de modèles fantaisistes et fort appréciés vont se multiplier. A cette multiplication s’ajoute le désir d’imiter des matières encore " inconnues " comme le laque ou la porcelaine. Les pays les plus actifs sont ceux qui importent le moins : l’Italie, la France, l’Allemagne et l’Angleterre où la chinoiserie a et aura le plus grand impact. Ainsi d’un art de cour, la chinoiserie va glisser dans tous les arts décoratifs. On la retrouve dans l’ornement textile, l’architecture, le mobilier, la tapisserie, la faïence et la porcelaine. 4/ les motifsDès la fin du XIIIe siècle, les premiers soyeux italiens s’inspirent des modèles orientaux : soleil, lune, étoiles, montagnes, dragons…Au fil du temps, les motifs se succèdent ou se juxtaposent en d’innombrables variations : fleur et fruit du grenadier, lotus, chrysanthèmes, palmette…L’interprétation est déjà là sans doute du fait d’une mauvaise connaissance de ces civilisations. Sous le règne de Louis XIV, les soyeux français mettent au point des motifs sinisants afin de lutter contre la concurrence des importations des Indes et de la Chine : des motifs végétaux entremêlés de parasols, de pagodes ou de pavillons de jardin, et de petits personnages chinois occupés à des activités plus ou moins saugrenues, le tout reposant sur des rochers en suspension. La fantaisie est poussée à son extrême.
La chinoiserie présente l’avantage de s’insérer parfaitement dans le système des arabesques et de grotesques ; plus tard au XVIIIe siècle, elle deviendra le complément idéal des rocailles. 5/ le mobilier et la mode du laqueUne nouvelle conception de meuble plus ostentatoire va voir le jour suite à :
Des générations de laqueurs se constituent dans toute l’Europe. Au XVIIIe siècle, les Frères Martin à Paris mettent au point un vernis, le vernis Martin, qui pousse à la perfection les techniques du laque : marqueteries et incrustations sont protégées par des vernis résistants. En parallèle, les Vénitiens du XVIIe siècle qui conservaient le goût du panache, élaborent la technique de la lacca povera ou lacca contraffata. Il s’agit de composition d’images coloriées, collées et vernies sur meuble. Exploitée par les artisans du meuble, cette technique connaît un vif succès. Les marchands d’estampe font de belles affaires, le meuble ainsi décoré passe dans le domaine des arts populaires. 6/ conclusionLe succès de la chinoiserie est lié :
Ce style qui est une pure interprétation occidentale des modèles des Indes, permet la juxtaposition des motifs et l’association des styles (arabesques, rinceaux, grotesques, rocaille…). Son déclin apparaît en France avec le
néoclassicisme naissant. L’Angleterre, au contraire, voit la chinoiserie
rocaillante s’affirmer dans le style Chippendale, de l’ébéniste Thomas
Chippendale (fin XVIIIe siècle). 7/ voir des chinoiseriesChâteau de Chantilly, salon de la grande singerie décoré par Christophe HUET en 1735 ; ensemble représentatif de l’association curieuse des chinoiseries et singeries du XVIIIe siècle. Commande du Prince de Condé, passionné d’orientalisme. Il existe également le salon de la petite singerie. Château de Champs , salon décoré par Christophe HUET en 1747.
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