Armoire XVIIe siècle au Musée Pierre de Luxembourg,
de
Villeneuve-lez-Avignon (Gard)

par Catherine Auguste
ancienne élève des Beaux-Arts de Paris
designe et décore des cabinets de curiosités

Il s’agit d’une armoire hollandaise commandée
par la Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon au XVIIe
siècle. Par son exemple, nous allons essayer de dégager ce qui
évoque le XVIIe siècle décoratif.
Une apparence massive et une architecture symétrique
L’armoire est haute, massive et rigoureusement
structurée selon une conception symétrique. Les meubles de cette
époque, époque Louis XIII, sont souvent bâtis en noyer ou en chêne,
plaqués, tournés et moulurés. Le mobilier du XVIIe siècle
évoque l’architecture.
Cette armoire rassemble toutes ces
caractéristiques : plaquages divers sur l’ensemble du corps,
mouluration de la corniche et de l’entablement inférieur, tournage
des colonnes en spirale et des pieds en sphères aplaties. Le motif
en bois tourné est un des principaux apports dans le mobilier du
XVIIe siècle et vient remplacer de nombreux ornements
sculptés de la Renaissance : dans cette armoire, les têtes sculptées
de la corniche supérieure, réduites au minimum, y font encore
référence (1 sur le schéma ci-dessus).
La forme générale est symétrique :
-
les colonnes apparentes séparent les deux vantaux de façade
et les latéraux,
-
chaque pan est divisé par des pointes de diamants (motifs
sculptés en pyramide tronquée),
-
la corniche très imposante couronne le corps du meuble comme
la base d’une toiture.
L’armoire ne possède aucune entrée ou ni
ferrure apparente. C’est par un basculement de la colonne centrale
que les vantaux s’ouvrent, marque de délicatesse dans cette
architecture lourde.
Délicatesse de l’ornement
1/ Introduction des bois précieux et de la marqueterie
Le meuble est plaqué de bois précieux sauf sur
ces parties tournées et moulurées. C’est au XVIIe siècle
qu’apparaissent le placage et la marqueterie d’ébène ou de poirier
noirci quand celui-ci était trop cher. L’armoire de la Chartreuse
n’y échappe pas.
Sur les vantaux de la façade, toutes les
pointes de diamant sont marquetées de motifs floraux en ivoire,
ébène et autres essences tandis que des motifs d’acanthes ornent
l’entablement inférieur et la corniche supérieure.
2/ Des motifs floraux encadrés
Les décors floraux sont traitées de façon
naturaliste : on reconnaît ainsi le lis, l’œillet et la tulipe,
chacune des fleurs est nouée d’un ruban
(voir 2 sur le schéma).
Un diplomate flamand du XVIe siècle,
Augier Ghislain de Busbecq, également passionné de botanique,
introduisit la tulipe en Europe. Ambassadeur en Turquie, il
découvrit les tulipes, fleurs préférées du sultan, auxquelles une
fête printanière était dédiée. Les premiers bulbes furent cultivés à
Vienne en Autriche avant d’atteindre la Hollande où la tulipe devint
l’objet d’une véritable « industrie ». Au XVIIe siècle,
l’engouement était devenu tel que l’on parla de « tulipomania » qui
donna lieu à de véritables spéculations financières. Certains textes
relatent qu’un bulbe de tulipe aux formes panachées pouvait
atteindre le prix d’une petite maison bourgeoise à Amsterdam.
Symbole de richesse dès le début du XVIIe siècle, elle
apparut dans les tableaux de fleurs, les marqueteries et les
carreaux de faïences.
La tulipe représentée sur la façade de
l’armoire est une forme panachée très prisée au XVIIe
siècle.
3/ Les délicats rinceaux d’acanthe
L’acanthe est sans aucun doute l’élément
végétal le plus utilisé depuis l’Antiquité dans l’ornementation. Sur
cette armoire de la Chartreuse de Villeneuve, elle court en rinceaux
d’ébène particulièrement délicats sur la corniche tandis qu’elle se
présente en composition symétrique sur fond noir à l’endroit de
l’entablement inférieur.

rinceau d'acanthe en corniche

acanthe en cabochon en bas de l'armoire (3 sur schéma)
En conclusion nous pouvons dire que ce meuble
est assez représentatif de son époque : un décor délicat de fleurs
et notamment de tulipes panacées, un usage de marqueterie de bois
précieux, des moulurations des corniche et traverse, une structure
imposante héritée de l’architecture. Cette juxtaposition de
raffinement et de lourdeur nous la rend particulièrement attachante.
Lire aussi : traitement du cabochon d'acanthe
en dorure à la feuille de cuivre
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