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L'armoire du Louvre attribuée à Hugues Sambin
Vie et influences de Hugues SambinComme beaucoup d’artistes de son époque, Hugues Sabin réunit de nombreuses qualités : menuisier (ce terme désigne les artisans qui construisent les meubles), sculpteur, ingénieur, architecte, décorateur, graveur. On lui attribue certaines maisons de Dijon dont l’Hôtel Marc Fyot, la maison Milsand, la porte du Palais de justice, une armoire à deux portes au musée des Arts décoratifs de Paris, un autre meuble au musée de la Renaissance d’Ecouen, etc. Né à Gray vers 1520 d’un père menuisier, on le retrouve à Fontainebleau où il réside quelques mois durant l’année 1544 dans l’équipe de menuiserie. Il devient maître dans cette spécialité en 1548 à Dijon avant qu’il ne reprenne l’atelier de menuiserie de son beau-père jusqu’à la mort de ce dernier en 1565. Il est actif pour de riches commanditaires de Bourgogne et de Franche-Comté et jusque dans les anciens Pays-Bas espagnols. Après la mort de son beau-père, sa présence à Dijon est épisodique. Il décède en 1601. On dispose d’assez peu d’éléments sur sa vie et un certain nombre d’œuvres lui sont attribuées mais peu sont authentifiés avec certitude. De ce que nous savons de lui semble surgir la même intensité vitale qu’un Bernard Palissy, le même désir d’aborder des domaines différents et de participer à cet élan novateur de la Renaissance. Sambin est fortement influencé par son passage au sein des équipes de Fontainebleau. Le système ornemental élaboré par le Rosso et le Primatice notamment dans la galerie François Ier explose littéralement dans son œuvre qui restera marquée pour toujours par ce court séjour bellifontain. Mais ses racines bourguignonnes n’en demeurent pas moins absentes. Ainsi quelques éléments régionaux prennent place comme le fameux « chou bourguignon » ou les rinceaux de lierre plutôt que d’acanthe. Voyons maintenant comment cette armoire du Louvre révèle à la fois le succès du maniérisme bellifontain et la personnalité du provincial Hugues Sambin. L’armoire du Louvre
l’attribution remise en questionCette armoire a longtemps été attribuée au Dijonnais Hugues Sambin du fait de la qualité d’exécution et de la profusion ornementale, deux caractéristiques de sa signature stylistique. Mais l’analyse plus approfondie a permis d’établir l’influence concomitante de Jacques Androuet du Cerceau. Ce dernier, ornemaniste contemporain du maître dijonnais, publie dès 1550 son fameux Recueil gravé de meubles puis Les plus excellens bastiments de France en 1576. Sambin suit le même chemin avec son ouvrage L’œuvre de la diversité des termes dont on use en architecture, reduict en ordres en 1572. Ce recueil regroupe une série de termes ; ces ornements en forme de buste posé sur une gaine restent une des marques de son style. Ces recueils d’estampes connurent des retentissements considérables auprès des architectes et des menuisiers qui trouvaient des modèles à recopier ou interpréter. L’armoire du Louvre est un bel exemple de multiples influences : - d’Androuet du Cerceau, on devine les motifs d’entrelacs des latéraux, l’introduction de l’architecture dans le mobilier, les colonnes ornées de rinceaux, - de Sambin, les termes ainsi que la profusion ornementale des façades sculptées ne laissant pas de place au vide, - du style bourguignon, la présence de certains motifs comme le « chou bourguignon » sous les frontons, les rinceaux de lierre plutôt que d’acanthe, - de la seconde Renaissance, le rappel de l’antique avec la figure d’Hercule dans sa niche inspirée de Rosso, le goût de l’allégorie avec les panneaux peints représentant la création de l’homme et le meurtre d’Abel par Caïn, le règne de l’architecture sur le mobilier.
les citations ornementales
En conclusion : une armoire représentative du maniérisme bellifontainDès la seconde Renaissance, quand François Ier fait venir des artistes italiens renommés à Fontainebleau, l’architecture va régner sur le mobilier. L’armoire se présente comme une façade monumentale à deux étages où se décline un ensemble de citations ornementales ne laissant aucun espace vierge. Outre l’aspect architectural et le foisonnement décoratif que l’on retrouve dans la galerie de François Ier à Fontainebleau, l’armoire du Louvre offre également une juxtaposition de techniques (sculpture, bas-reliefs, peinture). Il en résulte un jeu de reliefs efficace à nous perdre dans une illusion architecturale. Nous sommes bien là dans le maniérisme bellifontain dont le style de Sambin s’inspire.
un livre à lire
Hugues Sambin, Un créateur du XVIe siècle Comme Bernard Palissy, Hughes Sambin relève du mythe. Certes sa vie ne fut pas transformée en légende, mais on sent la même intensité vitale, la même soif de recherches, le refus de se laisser cantonner dans un domaine trop étroit, qui le conduisirent à se faire tour à tour menuisier, dessinateur, graveur , ingénieur, militaire, hydraulicien et architecte. Fortement marqué dans sa jeunesse par son passage sur le chantier du château de Fontainebleau, il semble avoir exercé une forme de fascination chez ses riches commanditaires de Bourgogne et de Franche-Comté. Il fut actif jusque dans les anciens Pays-Bas espagnols pour le gouverneur du duché de Luxembourg. Sa pratique de menuisier, qu’il n’a jamais reniée, offre l’occasion d’aborder dans cet ouvrage certaines des questions touchant au mobilier en particulier dans cette période charnière qui voit un renforcement de la spécialisation des meubles et notamment la naissance du « cabinet ».
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